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09/01/11 Et vogue la galère…

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Il y a dans chaque épisode du Monde de Narnia un attrait comparable à celui d’un pot de Nutella sur l’étagère de votre cuisine. Vous savez pertinemment que ce n’est rien de plus qu’une cochonnerie hyper-calorique et bourrée d’huile de palme, mais le goût de reviens-y est bien souvent le plus fort. Inutile de se voiler la face, Narnia, c’est du Nutella : une énième adaptation de conte pour enfants n’ayant trouvé le chemin des studios que dans le sillage de licences soudain bankable. Mais l’annonce d’un nouvel épisode ne laisse jamais vraiment indifférent. A moins bien sûr que vous ne soyez totalement insensibles à la fantasy, auquel cas vous pouvez fermer cet onglet ou retourner sur la page précédente et ouvrir l’(excellent) article sur l’event Gillette…

Une énième adaptation, disions nous. Narnia a été porté à l’écran en 2004, à la sortie du troisième Harry Potter et sera suivi en 2007 des adaptations d’autres romans fantastiques tels qu’A la croisée des mondes et Bridge to Terabithia, avec le peu de succès que l’on sait. On est donc très clairement dans l’exploitation d’un trend. Certes, mais pas que.

Narnia possède ce souffle épique, cette imagerie grandiose capable de nous faire dresser les poils des avants-bras et ça, ça n’est pas donné au premier nanard pseudo-tolkiennesque venu. Rien de comparable, bien sûr, à un Lord Of The Ring façon Jackson, mais la franchise a su trouver au cinéma sa juste place à mi-chemin entre le conte pour enfant boosté façon Marne-la-Vallée et le divertissement pour adulescents en manque d’AD&D entre potes. Les raisons en sont multiples : un bestiaire qui n’a pas à rougir de la comparaison avec celui de son grand frère (possédant même quelques pièces inédites telles que les minotaures et autres faunes), non pas une mais quatre histoires d’apprentissage, où chacun vient chercher son du : responsabilité, courage, humilité, confiance en soi… et une bonne dose d’héroïsme. Le matériau de base a été adapté d’une main de maître pour un maximum d’efficacité à l’écran et sans économie de moyen. Le décor étant planté, venons en au fait : quoi de neuf dans Narnia 3 ?

1 : du relief

Mais l’apport de la 3D est quasi inexistant. Seule une poignée de scènes mettent en valeur le procédé. Le reste du temps, on regrette d’avoir à garder les lunettes sur le nez, les verres gâchant tout bonnement les paysages du film en assombrissant l’image. Pour une franchise aussi haute en couleur, c’est dommage…

2 : on a perdu du monde en route

En comparaison des précédents épisodes, ce troisième opus manque un tantinet de souffle. L’histoire se concentre sur le dernier voyage des frères et soeurs cadets de la tribu royale, flanqués cette fois-ci d’un cousin braillard et colérique, de Caspian et d’une souris bavarde que les habitués de la série reconnaitront. Le récit ne manque pourtant pas de rebondissements, ni de personnages et bestioles fantastiques (à noter cependant l’absence du castor qui parle, mon grand regret, personnellement) et le rythme n’est pas en reste, bien au contraire. Là où les premiers épisodes prenaient le temps d’amorcer le passage de ses héros en douceur, on plonge cette fois (littéralement) dans l’action avant d’avoir pu trouver une position confortable dans son fauteuil, un peu à contre-coeur. Il semble donc que le scénario ait été gonflé en péripéties à la mesure du vide laissé par l’absence des autres protagonistes, sans que l’on retrouve pour autant le charme, l’évidence qui faisait jadis opérer la magie.

3 : “chérie, ça a coupé”

Le problème ici est à l’opposé du phénomène observé sur le dernier Harry Potter, auquel deux longs sont dédiés. Dans le déroulement d’une saga, tout épisode n’est pas un copier/coller du précédent. Chacun a son rythme, sa place dans le tout imaginé par l’auteur et ne se prête pas forcément à une adaptation sur grand écran. Encore moins en 115 min. C’est le cas pour Narnia 3 qui, contraint dans ce format, laisse imaginer chaque point de son récit où une coupure dans la trame originale a été pratiqué, tant les événements semblent s’enchaîner rapidement. Je n’ai lu aucun des ouvrages de C. S. Lewis mais il y a fort à parier que le voyage auquel nous convie cette version ciné fait abstraction d’une bonne partie de l’histoire. Au final, très paradoxalement, à bord du Passeur d’Aurore, on s’ennuie ferme et l’on fini par attendre la fin du périple avec un soupçon d’impatience.

Le mot de la fin sera donc “décevant”, mais les lecteurs sceptiques pourront toujours argumenter qu’à l’instar du frère et de la soeur ainés, laissé sur la touche dans cet épisode, je suis simplement trop vieux pour mériter mon billet pour l’aventure. Ce qui serait finalement le plus triste.

MLR

Le Monde de Narnia 3 : L’Odyssée du Passeur d’Aurore – 2010
Un film de Michael Apted
avec Georgie Henley, Skandar Keynes, Ben Barnes

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